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Qu’est-ce que les Gilets Jaunes en ont à foutre de l’Amérique Latine ?

Qu’est ce que les Gilets Jaunes en auraient à foutre de l’Amérique Latine ?

La question, volontairement provocatrice, est issue de l’entretien entre Michel Collon et Romain Migus, que cet article veut prolonger. Vous pouvez visionner cette vidéo ici .

La question à nous poser est : Quels sont les problèmes qui se posent aux Gilets Jaunes ? Les institutions non-démocratiques et non-souveraines, la privatisation des services publics et la destruction du tissu social – en un mot, le néolibéralisme – est la principale cause de la précarisation des travailleurs et de la crise de sens de notre société dans lesquels s’inscrit le mouvement.

Cependant, il est important de comprendre que le néolibéralisme est mondial ; et si nous accordons un regard attentif à la situation telle qu’elle est chez les autres, et comme une même cause produit les mêmes effets, nous retrouvons ces mêmes effets chez eux (perte de souveraineté, non-démocratie, destruction des services publics et du tissu social) ; alors si nous les retrouvons sous une autre forme et avec plus de recul,  en observant comment d’autres peuples arrivent à dépasser leur condition pour défendre des organisations plus démocratiques et souveraines, nous pourrons mieux comprendre et anticiper comment y arriver ici.

en observant […] nous pourrons mieux comprendre et anticiper

L’histoire récente de l’Amérique latine est importante pour comprendre les mécanismes du néolibéralisme, car elle à connu très tôt cette idéologie, sous l’influence de l’empire nord-américain. Avec la doctrine Monroe (1823), la politique extérieure des USA s’oriente vers une forme d’impérialisme et s’arroge le fait d’influencer tout le continent par des moyens économiques, politiques ou militaires. Cette période sera marquée par une domination militaire durant tout un siècle (victoire contre le Mexique en 1848, puis contre l’Espagne en 1898 avec la prise de Cuba et de Porto Rico), qui installe l’influence nord-américaine sur toute l’Amérique centrale. Cette situation est à l’origine de l’expression d’une “république bananière”

Au 20e siècle, l’Amérique Latine sera un lieu important de la montée du communisme, qui sera farouchement combattu par l’interventionniste états-uniens : du Chili à l’Équateur en passant par le Brésil, le Salvador ou la Bolivie, tous les États ont eu droit à leur ingérence américaine, par un blocus économique ou financier, le soutien à des dictateurs ou des milices armées ou des interventions armées. Ce sont toutes ces raisons qui font que l’Amérique latine a très tôt connu les injonctions néolibérales, et expérimenté d’autres modèles de gouvernance.

Tous les États ont eu droit à leur ingérence américaine

Pour le sujet qui nous occupe en tant que Gilets Jaunes (c’est à dire, l’accès à une organisation sociale plus démocratique, souveraine et juste), nous nous concentrerons sur deux cas particuliers : l’Argentine et le Venezuela.

1 – L’Argentine

L’Argentine des années 90 est marquée par un libéralisme radical (alignement du peso sur le dollar, privatisations, réformes économiques et sociales) et une modernisation jamais vue dans le pays : Internet, la téléphonie mobile,  hausse des équipements électro-ménagers (modernisation qui ne profita pas à toute la population). Le “miracle économique argentin” avait fait 18 % de chômeurs en 1996. 

C’est aussi cette décennie qui a vu l’apparition du mouvement des “piqueteros” ou des “bloqueurs” : pour protester contre la perte d’emploi dans le secteur industriel et la privatisation des services publics (ceci malgré l’ignorance des médias), leur stratégie est de bloquer les routes en portant des pancartes. «Eux qui organisent les barrages n’ont pas d’autre solution, pour gagner en visibilité et ouvrir des espaces de négociation, que d’exposer leur propre corps sur les routes» , comme expliqué par Pereyra et Svampa. Notons également qu’une des caractéristiques de ce mouvement est de refuser le « personnalisme ». Le mouvement est composé de femmes et d’hommes, des travailleurs et des chômeurs, qui se sont organisés pour pouvoir résoudre en commun les problèmes de tous. Tout cela vous rappelle t’il quelque chose ?

C’est alors que l’Argentine connut une grande crise économique. La forte hausse du dollar pendant les années 90 finit par causer un arrêt brutal des exportations argentines. L’explosion finale se produit en 2001, lorsque le président signifie sa démission en s’enfuyant du palais du gouvernement en hélicoptère. En dix jours, quatre présidents se succèdent, le gouvernement argentin se déclare en état de cessation de paiement et abroge la loi consacrant la sécurité des dépôts bancaires, provoquant l’évaporation de l’épargne des classes moyennes. Le 6 janvier 2002, le nouveau gouvernement procède à un gel total des avoirs bancaires.

Les travailleurs ont décidé de rouvrir eux-mêmes plusieurs usines ou entreprises en faillites, sans la présence des “propriétaires” et de leur capital. 10 000 personnes travaillaient dans ce genre de coopératives autogérées en 2007. L’argentine a adopté en 2011 une loi d’expropriation qui rend légal le transfert des usines en faillite occupées aux travailleurs. 

Les transformations de la base argentine sont marquées par une forte autonomie des citoyens par rapport à l’État.

2 – Le Venezuela

Dans les années 1980, le Venezuela est contrôlé par une coalition de droite rassemblant les principaux partis libéraux de cette époque. Les 27 et 28 février 1989, le peuple se soulève à Caracas et aux alentours, à la suite d’une explosion des prix (notamment des transports en commun) et des réformes économiques inspirées par le néolibéralisme, à la suite d’accords avec le FMI. Le deuxième jour, le président Carlos Andrés Pérez envoie l’armée contre la population révoltée, tuant plus de 3 000 personnes en quelques jours. 

Après un coup d’état avorté en 1992, le président Chavez accède au pouvoir en 1998 et va s’inscrire dans le courant bolivarisme qui veut faire du Venezuela un état plus démocratique et souverain.

Il propose l’année suivante la nouvelle constitution du Venezuela rédigée par une assemblée constituante (abolition du Sénat, le RIC est prévu aux articles 72, 73 et 74) acceptée par référendum par 70% de la population. Au cours de son deux-ième mandat présidentiel, il crée un programme de réforme sanitaire, agraire, d’alphabétisation et nationalisation des industries clés (notamment le pétrole).

La population commence à créer ses propres instances décisionnelles et démocratiques :

  • 50 000 Assemblées de voisinages sont chargées de l’avenir du quartier, et se répartissent en plusieurs commissions (éducation, culture, santé, sécurité, …)
  • 3 000 Communes permettent d’unir les assemblées de voisinages dans des projets communs qui permettent de faire des bénéfices, donc nourrir des budgets pour des actions communales locales en autogestion.

Ces assemblées de voisinages s’articulent autour de 3 thèmes de revendication :

  • Un état moins autoritaire, vers une société plus démocratique ou le peuple à un vrai pouvoir de décision.
  • La fin de politiques imposées de l’extérieur vers une véritable souveraineté nationale.
  • La fin de la doctrine néolibérale vers une société plus sociale.

Tout cela vous rappelle t’il quelque chose ?

Peu de temps après le référendum pour la nouvelle constitution, le Venezuela est confronté à une grave catastrophe naturelle (les glissements de terrains et inondations provoqueront 30 000 morts et la perte de 60% des récoltes) qui amènera le gouvernement à la réquisition des terrains des grands propriétaires fonciers. 

Tout ces éléments sont des composantes de ce qu’on appelle la “révolution bolivarienne”

3 – Le rôle des Américains 

Les américains ont horreur des systèmes égalitaires de répartition des ressources , où que ce soit dans le monde. Ils avaient réussi à mettre en places des dictatures d’extrême-droite dans la plupart des pays d’Amérique du sud avec la CIA pour faire main basse sur les ressources pétrolières. Les peuples d’Amérique Latine ont réussi pendant un temps à mettre à leur tête des dirigeants de gauche opposés à l’impérialisme nord-américain.

Voici des exemples récents qui montrent que les américains ont tenté pour faire tomber ces alliances anti-impérialisme :

1 – En Argentine : Après l’accès d’un libéral à la présidence (Mauricio Macri, un milliardaire héritier d’une famille dans le BTP), le gouvernement se lance dans 4 chantiers sur l’économie :

  • combler les attentes des fonds américains en rouvrant les négociations sur le non-remboursement de la dette argentine opérée par les gouvernements précédents
  • forte baisse de la valeur du peso, hausse de l’inflation et du coup de la vie
  • augmentation massive du prix du gaz, des transports et de l’électricité (de 300 %)
  • dérégulation du marché du travail, licenciements massifs (administration publique, transport aérien, médias, pétrole)
Aujourd’hui, l’Argentine est au bord du gouffre :

2 – Au Venezuela : un coup d’état en 2002 : Hugo Chavez est emprisonné par les États-Unis.

Raté : le peuple l’a soutenu et ils ont été obliger de le ramener, il tente maintenant de faire tomber le président Maduro (tentative d’assassinat à son encontre et déstabilisation du pays par le blocus économique, la propagande…)  Ils sont encore en train d’essayer …

La france et les états-unis se sont empressé de le reconnaître comme légitime.

3 – Au Brésil : Le président Lula est tombé dans des affaires de corruption piégé en grande partie par des manipulations de la CIA. 

entretien de Lula à RT

En bref, l’interventionnisme nord-américain se manifeste dans toute l’Amérique du Sud et sans aucune pitié, ils ne laisserons respirer que les pays avec un dirigeant choisi par eux même, docile et pro-USA. Isl utiliseront tous les moyens pour faire plier le sud (intervention de la CIA, propagande internationale,  corruptions, assassinats, blocages économiques …)

Si l’Europe avait des dirigeants “gilets jaunes” les nord-américains opéreraient d’une façon sans doute similaire pour nous faire plier.

Les enseignements de l’histoire

Le premier constat à tirer de l’histoire de ces pays, c’est qu’ils ont connu des situations très similaires à la situation française actuelle. Les ravages du néolibéralisme sont sensiblement les mêmes d’un bout à l’autre du globe ; et, sachant que la principale raison de la présence du néolibéralisme en Amérique du Sud est l’influence de l’empire nord-américain, que pouvons nous en conclure sur la situation française ? Quels sont les principaux leviers de l’idéologie néolibérale en Europe, si ce n’est l’Union Européenne (la phase civile de la domination) et l’OTAN (sa phase militaire) ?

Les mêmes situations nous amènent aux mêmes solutions. Aucune forme de démocratie n’est possible sans souveraineté nationale, et aucune souveraineté nationale n’est possible face aux injonctions néolibérales dont les méfaits sont partout identiques. Notre ligne doit être claire et démarquée de tout parti : Sortie de l’UE et de l’OTAN !!

Le second constat est celui des échelles de temps qui peuvent être nécessaires pour une révolution de cette ampleur et la construction d’une société nouvelle. Même si, dans le cirque de la propagande merdiatique, on essaye de nous faire croire que “le mouvement s’essouffle”, ne vous y trompez pas ! Nous n’en sommes qu’au dé-but. Les peuples argentin et venezuelien ne se sont manifestés massivement et sur le long terme qu’aux pires moments de crises économiques, et peut-être faudra t’il la même chose pour que le peuple français se mobilise, lui aussi, massivement et sur le long terme.

Gilets jaunes, Inspirons nous !

Notre combat ne peut pas s’arrêter ! Il nous faut construire ensemble les fondations d’une société nouvelle, sur laquelle le peuple français pourra s’appuyer au pire de la crise à venir. 

Nos voisins nous ont montré l’exemple :

  • Assemblée constituante, nouvelle constitution, RIC en toute matière.
  • Souveraineté locale dans des assemblées de voisinages (des “communes”) qui se fédèrent en municipalités (villes) sur tout le territoire
  • Souveraineté nationale, fin des traités coloniaux
  • Socialisation des services et industries-clés

Il nous faut aussi observer leurs erreurs. Les réformes vers des institutions répu-blicaines “plus sociales” seront, à terme, toujours à portée de l’influence et de la corruption des néolibéraux. Il ne nous faut donc pas une transformation des ins-titutions vers une nouvelle république, mais vers une première démocratie, la seule institution capable d’empêcher une contre-révolution. Les travaux d’Etienne Chouard sont, de ce point de vue, essentiels à notre lutte.

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  1. J’étais au vénez pendant la campagne de Chavez et j’ai tout suite compris qu’il allait y avoir du grabuge.
    Mais, Chavez a éduqué le peuple au nationalisme profond. Toutes les idéologies sont éducation et l’éducation instaure un schéma dominant soumis, et le peuple vénézuelien est prêt à mourir pour une liberté qu’il ne pourrait obtenir par la violence. L’idéologie impérialiste neo-coloniale est éducation, L’éducation n’est pas la solution l’éducation est le problème.

  2. Bonjour les Gilets Jaunes.. Qu’est-ce que les Gilets Jaunes en ont à foutre de l’Amérique Latine? Vaste question, à la démesure du continent.. Nous sommes concernés par toute l’Amérique, et non seulement par la seule Amérique Latine.. Les USA s’étant toujours considérés comme le nombril du monde, ce pays fort ombrageux, arrogant, grossier et vulgaire, ne souffre pas le plus petit débordement dans le Monde.. qui pourrait mettre sa suprématie en danger.. Et à fortiori ce qui se passe dans son immédiate proximité.. qui est considérée par les gouvernements de cette “démocratie” d’opérette comme l’arrière-cours de leur pays.. Et les descendants des Espagnols et des Portugais, croyez-vous que ce sont des angelots? Ce sont eux les premiers nuisibles de toute l’Amérique Latine.. Cela, pour faire court.. Les USA sont un pays qui épuise la Terre entière, pour mener grand’train.. Pays que j’aime beaucoup, et que je déteste énormément.. Achevons de dire que les autres pays du monde ne sont pas non plus des parangons de vertu.. il s’en faut de beaucoup.. Même le Vatican est infesté par toutes les tares et débilités des autres pays.. C’est le gouvernement de sapiens sapiens.. Le problème de La Terre, c’est sapiens sapiens.. Le problème de la démocratie, c’est sapiens sapiens.. Le problème de sapiens sapiens n’est autre que sapiens sapiens “himself”.. “Et cependant, Elle tourne..” Salutations Jaunes.. Signé: plouckistanais2.0.

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