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Le philosophe rit jaune – le discours –

Lors d’un discours donné le 18 Novembre 2018 au dîner du CRIF, BHL y allait de son analyse sur le mouvement des Gilets Jaunes. Devant un parterre de notables parisiens, il rivalisait de pseudo-érudition afin de ridiculiser cette révolte populaire, donnant ainsi à l’oligarchie les munitions intellectuelles en attendant que leur bras armé ne les mutile à coup de grenades et de LBD.

Si ce discours est important, donc, c’est qu’il ne fait pas que tenter de tourner les Gilets Jaunes en ridicule, mais qu’il énonce les armes que doit utiliser la sphère communicante pour dresser les moutons contre les vaches-à-lait, afin que le coq reste le maître incontesté de sa basse-cour. Diviser pour mieux régner, c’est une tactique qui a toujours porté ses fruits. Il vous reste le choix de rentrer dans leur jeu, ou de réclamer votre émancipation intellectuelle.

Voici donc, revue et corrigée, mon analyse du discours de BHL donné le 18 Novembre au dîner du CRIF.

Je ne prétends pas détenir la vérité absolue, mais posez-vous tout de même une question. Si quelqu’un comme moi, un blanc-bec qui n’est rien ni personne, peut démonter argument par argument ses sophismes pseudo-intellectuels, alors pourquoi aucun de ceux qui se définissent véritablement comme des penseurs et qui gravitent dans la sphère médiatique n’a jamais eu le courage de le faire ?

En vérité, une personne a osé lui faire cet affront. Aude Lancelin lui a rappelé sur un plateau télé qu’il avait consacré un chapitre à Jean-Baptiste Botul sans se rendre compte que c’était un personnage fictif. On a remercié cette journaliste d’avoir fait correctement son boulot en la désignant persona non grata dans le monde des médias… N’étant rien ni personne, et ne souhaitant pas que cela change, je peux me permettre de combattre cet idiot sans crainte des conséquences.

Je n’ai pas de voiture, et je ne vis pas en France. Pourquoi me sentir solidaire de ce mouvement, alors ? Parce que je suis comme vous. Etre Don Quichotte, c’est ma seule fierté.

BHL est un vampire se nourrissant de notre ignorance pour distordre le réel selon les besoins de ses commanditaires.

Le texte ci-dessous est

ma gousse d’ail intellectuelle.

Pour ceux qui ne l’ont pas lu, voici un lien vers le texte de ce fameux discours (préparez vous à la nausée) : https://laregledujeu.org/2018/11/21/34579/qui-sont-vraiment-les-gilets-jaunes-par-bhl/

***

En commençant son discours par feindre l’empathie, en appelant les élites présentes au dîner à ne pas ignorer cette colère, il semble prendre parti pour les manifestants. Héros sublime des “déclassés”, il se met le pékin moyen dans la poche. Rappelons-nous tous de même que, la veille, il raillait sur twitter l’échec de cette mobilisation.

Lorsqu’il clame que c’est un mouvement d’ampleur historique, il ne caresse pas les Gilets Jaunes dans le sens du poil. Il adresse une mise en garde à la France d’en Haut.

Il en vient ensuite à les réduire à “des accidentés de la mondialisation”. C’est pratique, en dénonçant la mondialisation, ce monstre terrible sans visage, cela permet aux élites présentes dans la salle d’éviter de faire leur mea culpa. D’autre part, c’est un argument fallacieux. On peut imputer la désindustrialisation à la mondialisation, et encore ça se discute. Mais les infirmières qui font 30 voire 40 bornes deux fois par jour pour aller bosser à l’hôpital le plus proche, ce n’est pas de la faute des bulgares, de chinois ou des bengladis…

Ajoutons que lors du dernier Forum économique mondial de Davos, M. Macron a en substance, admis que la mondialisation avait été mal gérée. Bien entendu, plutôt que d’oser remettre en cause ce dogme, il a simplement argumenté qu’il fallait trouver les mots pour mieux faire passer la pilule. Eh bien, Manu, force est de reconnaitre que la pilule ne passe plus !

Une fois cette introduction pleine de faux  bons sentiments terminée,

il annonce qu’il en vient enfin à l’essentiel:

hiérarchiser la colère.

En glorifiant un aspect de ce sentiment, et en l’avilissant sous un autre angle, on comprend très bien en sous-titre dans quel camp il classe ces manifestants. La bête immonde revient, avec la REM, faites barrage à la haine ! Moutons, devenez des castors !

Parlons donc de l’”orgè”, cette fameuse colère d’Achille. Quelle métaphore tout à fait à propos. Rappelons d’abord le contexte de la Guerre de Troie. Simplifions au strict minimum : c’est le récit d’une nation européenne venant envahir le territoire de leur rivaux en Asie Mineure (Moyen-Orient). Achille fait partie de ces envahisseurs, et cette “sainte colère”, il la pique lorsque son ami Patrocle est tué par Hector, prince troyen. Oui, c’est bien ça : le mec défend sa maison, et Achille n’est pas content qu’il ose ne pas se laisser faire. La colère des gilets jaune, si c’est en effet l’”orgè” grecque (on y reviendra), alors ce n’est pas celle d’Achille. C’est celle d’Hector qui par trois fois traîne le corps sans vie de Patrocle autour des murailles de Troie pour venger tous ses compatriotes morts en tentant de repousser cette invasion inique. Applaudir cette métaphore de BHL, c’est donc applaudir le saccage de l’Afghanistan, de la Lybie, de l’Irak, de la Syrie… Excusez-moi, je ne peux m’y résoudre.

Finissons-en une bonne fois pour toute avec cet argument de la colère d’Achille en continuant de dérouler l’histoire. Lorsque les grecs réclament aux troyens le corps supplicié de Patrocle pour le mettre en terre, Hector, auréolé de son triomphe, accepte de bonne grâce. Dans la scène qui s’ensuit, Homère décrit les rites funéraires somptueux réservés aux héros de l’époque, c’est un moment de littérature magnifique (cela dit en passant). Plus tard, Achille triomphe d’Hector, et dans sa rage, il ne s’arrête pas au meurtre. Il mutile le cadavre de la façon la plus horrible, et lorsque le roi Priam, lui-même, vient en personne dans le camp grec adresser une supplique larmoyante pour récupérer les restes méconnaissables de son fils. Achille, mû par son “orgè”, reste sourd. Le héros troyen finira de se décomposer sous le soleil, sa chair en pâture aux vautours… Est-ce vraiment ceci, “la colère qui élève”, M.Lévy ?

Le Philosophe, avec cet argument, redonne vie à l’adage de Virgile. Timeo Danaos et dona ferentes : méfiez-vous des puissants et de leur cadeaux.

Après ce premier cheval de Troie dialectique,

il continue avec un magnifique sophisme:

La démocratie, ce n’est pas se ranger du coté du peuple.

Premièrement, on ne demande à personne de se ranger de leur coté. S’ils manifestent, c’est parce qu’on les ignore. Ce mouvement aurait été désamorcé en un instant si “le Président de tous les français” avait su dire à ces sans-grades, depuis le début : “nous pouvons négocier”, au lieu de les traiter de gaulois réfractaires. Le  vrai problème des appels à la démission de Macron, c’est la vacuité du camp d’en face. Si on le vire, par qui le remplacera-t-on ? Un autre de la même espèce, plein de beaux discours qui va au final faire la même chose, ou pire. Cet appel à la démission, est donc une idiotie, mais aussi l’expression d’un ras-le-bol. Pourquoi le Président ne veut-il pas faire un pas en direction de ses administrés ? Il continue à s’y refuser. “Venez me chercher” a-t-il fanfaronné fin juillet. Peut-on vraiment en vouloir aux Français de répondre par l’affirmative à cette invitation, lorsqu’ils marchent paisiblement vers l’Elysée dans l’après-midi du 17 Novembre ?

 Après avoir hiérarchisé la colère, il hiérarchise le peuple:

Il y a le bon peuple, et le mauvais peuple.

Le discours continue avec un nouvel effet de manche. Cet exemple pourrait simplement faire sourire. On évoquerait le sketch des Inconnus sur les chasseurs, et on passerait à la suite. Mais il argumente et explique, en gros, que le bon peuple se laisse faire en silence, et le mauvais peuple, conscient de l’indignité de sa condition, ose se rebeller. Quel toupet! Un peu comme ces femmes qui osent porter plainte après un viol…

Non, t’as raison, une histoire biblique c’est beaucoup mieux. Après tout, c’est pas comme si la religion n’avait  pas été utilisée à travers l’histoire pour justifier le pouvoir abusif des tyrans, et que pour cette raison, la Révolution Française avait introduit le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat…

Mais revenons au paragraphe précédent. Il explique donc que:

Les grecs font la distinction entre “deimos”, le peuple dans son sens noble, et “ochle”, la populace grouillante et infantile.

L’héritage de Mai 68 véhiculé par les médias est justement l’infantilisation du peuple.

Au cours du dernier demi-siècle, grâce aux émissions de divertissement de la télévision, à la publicité, à l’Education Nationale et aux programmes du Ministère de la Culture, on a infantilisé et abruti le peuple.

Après cette grève générale et les accords de Grenelle, les nantis ont dit “plus jamais ça”. 1968, c’était leur “der des der”, en quelque sorte. Alors ils se sont acharnés à transformer le “deimos” en “ochle”.

Les Gilets Jaunes, c’est l’”ochle” qui s’élève à nouveau de la fange pour atteindre le firmament du “deimos”.

Préparez-vous, les médias vont s’acharner au cours des jours qui viennent à vous faire croire le contraire.

Comment ? Il l’explique dans ses derniers paragraphes. En vous traitant comme des bêlants pusillanimes. On va vous faire peur en vous rappelant que le jaune est une couleur qui rappelle les fameuses “pires heures de notre histoire” (copyright trademark limited), on va vous faire croire que les manifestants sont des fachos et des beaufs, voire des casseurs… On a déjà commencé, en vérité. Libre à vous d’avaler leurs couleuvres.

Ensuite, il a raison sur un point. Il faut prendre l’événement au sérieux, avant qu’il ne se radicalise et pourrisse. Se rend-il compte que son discours fait exactement l’inverse ? Qu’il diabolise une révolte justifiée ? Et puis, qu’entend-il par “prendre au sérieux” ? Donner voix au chapitre à François Ruffin qui propose de remplacer cette augmentation des taxes sur l’essence par un rétablissement de l’ISF ? (Voila une piste pour trouver un compromis, je ne prétend pas que ce soit la solution, mais c’est au moins une idée.) Ou bien, sous-entend-il qu’il faut tuer ce mouvement dans l’oeuf en abattant toute la violence de l’Etat sur ces pignoufs ? (C’est la direction vers laquelle les choses évoluent en ce moment…)

[N.B. Ce texte a été écrit le 19 Novembre 2018, les 6 mois qui ont suivi semblent me donner raison…]

Rebondissant donc sur ces questions, je finirai en commentant la dernière partie du discours, celle où il marque de magnifiques points Godwin en ressortant le spectre de l’extrême-droite du placard. Si l’orateur avait un soupçon d’objectivité, il emploierait d’autres exemples.

Sans avoir besoin de chercher des épisodes obscurs datant de plusieurs siècles, les “Printemps Arabes” ont vu le peuple détrôner des régimes injustes. Il a loué ce mouvement en son temps, alors non, il ne pouvait s’en servir d’exemple. Pourtant, les similarités sont nombreuses : mouvement populaire né sur les réseaux sociaux; grogne qui se cristallise à la suite d’une hausse du prix des carburants (indirectement, le cours montant des hydrocarbures ayant fait grimper les prix du blé); gouvernements qui font la sourde oreille… Mais ce serait bien embêtant pour son propos de faire ce parallèle étant donné qu’il a fait partie des intellectuels qui ont appuyé ces mouvements dans les médias, et ont contribué à les rendre sympathiques dans l’opinion publique. De là à conclure qu’il y a chez BHL deux poids, deux mesures, il n’y a qu’un pas.

Ou alors, si son cahier des charges le forçait vraiment à sortir des exemples du 19e siècle pour faire plus intello, alors il aurait dû évoquer les Révolutions de Mars et Juin 1848, ou mieux encore : la Commune de Paris, mouvement libertaire, d’extrême-gauche donc, qui a montré que si l’on laissait le Peuple (remarquez la majuscule) prendre ses responsabilités, il pouvait faire des choses merveilleuses ? Non, bien sur qu’il ne pouvait pas. Infantiliser les gens, c’est son métier, au “philosophe des beaux quartiers” (remarquez l’absence de majuscule). Cela forcerait le lecteur à se rappeler que ces soulèvements furent sauvagement réprimés dans le sang…

C’est pourquoi, en clôture de son discours, il cite un passage de Drieu-La-Rochelle. Il livre là au parterre d’élites rassemblées, la clé:  “Parvenez à faire de ces frondeurs des terroristes, des extrémistes, et alors vous pourrez légitimer l’oppression par les armes”.

Il est de notre responsabilité de citoyens de rejeter cette propagande. Et il est de la responsabilité des Gilets Jaunes de rester droit dans leur bottes en restant non-violents malgré les provocations.

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  1. Bonjour; que lui répondre à cet mec qui se proclame “intello”? En citant A. de Lamartine, qui a dit:”Soyez chiche de votre mépris, il y a trop de nécessiteux”. Si en son temps Lamartine avait raison, que dirait-il aujourd’hui? Même si lui aussi, n’était pas de la plèbe.. Mais qu’avons-nous à faire de ces pseudo philosophes? Sinon les conchier et les compisser.. Ce n’est pas parce que nous sommes du peuple populaire, que nous ne réfléchissons pas, ni ne pensons; il nous faut leur démontrer que nous ne sommes pas ce qu’ils veulent que nous soyons.. Et nous ne le sommes pas, qu’ils se le tiennent pour dit.. “Et cependant, Elle tourne..” Salutations.. Signé:plouckistanais..

    • Le plus drôle en faisant cette analyse, c’était de se rendre compte qu’en fait, le “philosophe des beaux quartiers” fait juste semblant d’avoir de la culture. Ses références à la mythologie grecque et à l’histoire sont bidons, de A à Z ! Simplement, il a le culot de déballer ses mensonges sans sourciller car il sait pertinemment qu’en face, quasiment personne (chez les gens “du peuple” comme chez nos soit-disant “Elites”) n’a la culture nécessaire pour y voir clair. Comme quoi les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait…

  2. Dés 1880 le modèle d’école de jules ferry à été choisi parce que profondément inégalitaire, face a deux autres système d’enseignement bien plus humain et salutaire. L’infantilisation du peuple a pour origine l’ingénierie sociale de l’éducation nationale. Sinon la république n’avait aucune chance. C’est la cas puisque l’échec de la république est un succès. 1.2.3.4.5ém tentative et tout ca pour finalement s’en libérer par la dictature à nu, sans habillage de la démocratie ni d’aucune sorte.
    Gille est jaune, Gille veut éduquer un pouvoir criminel, pour quelques euros de plus, qui fait des milliers de morts par an dans le monde de quelque manière que ce soit. Ce n’est pas BHL le problème mais l’éducation non dite qu’ils nous imposent. Vous le dite bien, rejeter cette propagande ce qui se traduit par sortir les mômes des temples écoles, franmançaises. Cdlt.

    • Merci pour votre commentaire 🙂 En effet les GJ ne doivent pas seulement affronter un gouvernement qui s’accroche au pouvoir comme une tique à un chien, mais aussi des générations d’endoctrinement…

Répondre à S. Fichet Annuler la réponse.

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