in

FACE À LA CRISE : L’expérience de «monnaie locale» de Wörgl

L’expérience de «monnaie fondante» de Wörgl a pris fin il y a 75 ans – Une solution pour des temps de crise?

Voici 75 ans qu’une décision du tribunal administratif de Vienne a mis fin – en novembre 1933 – à une expérience monétaire menée par la commune de Wörgl, au Tyrol. Il s’agissait d’un «sauve-qui-peut» face à la crise économique mondiale, qui trouva un écho puissant bien au-delà des frontières autrichiennes. Dans toute l’Europe on en parla – et jusqu’aux Etats-Unis; il fit même école ici où là.

«Dans la nature tout est soumis au changement rythmique du «Devenir et Disparaître»  (Werden und Vergehen) – seul l’argent semble soustrait au caractère passager de ce monde. Puisque l’argent, contrairement aux marchandises, ne «rouille» ni ne «s’abîme», le détenteur peut attendre, jusqu’à ce que les marchandises soient assez bon marché pour lui. Des commerçants sont forcés d’abaisser leurs prix, puis ils doivent couvrir leurs frais par des crédits. Le possesseur d’argent fait payer ce besoin par l’intérêt. Ces rentrées d’intérêts ne profitent toutefois pas à la communauté, mais sont prêtés à nouveau (intérêts composés). De cette façon, de plus en plus d’argent est extrait du flux économique. Des richesses «improductives» sont accumulées où elles ne sont pas nécessaires. À l’opposé, l’argent «gagné» est enlevé à la population active. Pour surmonter cette position dominante, l’argent, dans son essence, doit imiter la nature. L’ARGENT DOIT «ROUILLER» conformément à la proposition de Gesell, ce qui signifie qu’il doit perdre périodiquement de sa valeur. Aussitôt qu’il est «éphémère», il n’a plus de position dominante («liquidité») sur le marché par rapport au travail humain et aux produits, de telle sorte qu’il doit se mettre au service du marché, sans intérêts. Ainsi, l’argent sert à l’homme, et pas l’homme l’argent.

La réévaluation sur le niveau antérieur doit avoir lieu à l’aide de «l’argent libre» (Freigeld).  Chacun serait ainsi désireux de ne pas garder son argent trop longtemps. Celui qui n’a pas besoin de biens, peut ainsi payer régulièrement ses dettes, ses factures, son loyer, etc.  Ainsi, de l’argent est disponible à tout moment et pour tous.

C’est pourquoi  SILVIO GESELL lui a donné le nom «ARGENT LIBRE» (Freigeld). Il est à tout moment librement disponible, car personne ne serait stupide au point d’accepter une perte de valeur progressive vers zéro. Un tel argent est un argent vrai, car l’argent doit servir d’agent d’échange, et ne pas paralyser l’économie par son accumulation.» (Silvio Gesell – Wiki)

— On entend les Rothschild, Fabius, Drahi, Macron & Co. pleurer dans leur palais !

Le “miracle de Wörgl”

Pour l’essentiel, cette idée consiste à établir, en marge de la monnaie officielle, une seconde monnaie qui n’a cours que dans la commune. Cette monnaie perd chaque mois 1% de sa valeur. Pour contrer cette perte de valeur, les habitants, c’est compréhensible, dépensent rapidement cet «argent fondant».

L’argent circule donc rapidement dans la commune – alors qu’auparavant, en raison du revenu de l’épargne élevé (8 à 12%) ou par crainte de temps encore plus difficiles – les gens le gardaient chez eux et donc le retiraient du circuit économique. L’argent habituellement dormant, qui dans le reste de l’Autriche paresse littéralement au fond des bas de laine et sacs en jute, à Wörgl se sent soudain des ailes. Il réapprend le mouvement.

Résultat: l’économie locale redémarre,

les taxes perçues par le biais du marché se remettent à augmenter, les responsables communaux peuvent donc fournir du travail aux chômeurs – c’est une «micro-spirale vertueuse» qui s’est mise en route pour tenter de sauver une économie moribonde.L’expérience monétaire de Wörgl et ses succès, que beaucoup ont mis en doute, sont aujourd’hui bien documentés. Dès 1933 Franz Klein, un observateur avisé, remarquait dans l’«Österreichischer Volkswirt», la meilleure revue d’économie politique de la Première République – et la plus influente: «La commune de Wörgl, au Tyrol, a pu durant l’année de misère que fut 1932 financer relativement beaucoup de travaux publics tout en maintenant l’équilibre de son budget». 

En tout cas, l’expérience de Wörgl a fait reculer le chômage de 25% à l’époque de sa mise en œuvre (juillet 1932–septembre 1933) – l’équivalent, à l’échelle autrichienne, de 100 000 chômeurs en moins. Or, entre 1932 et 1933 le chômage a augmenté de 20% sur l’ensemble de l’Autriche.

L’expérience de Wörgl fait des vagues jusque sur l’autre rive de l’Atlantique, aux Etats-Unis. 22 villes états-uniennes imitent en 1933 l’exemple de Wörgl.

Sans en être personnellement conscient et à plus forte raison sans avoir établi de théorie, Michael Unterguggenberger a contribué dès les années 30 du siècle dernier à inventer et surtout à mettre en pratique la «circulation de monnaie complémentaire».

Sur «Wikipédia» le rôle de cette monnaie est formulé comme suit:

«Une monnaie complémentaire relève d’un accord conclu par une communauté généralement restreinte d’accepter parallèlement à la devise officielle un autre moyen d’échange. Cette monnaie complémentaire peut être aussi bien une marchandise ou un service, qu’un bon à valoir représentant l’équivalent en argent. Elle est de l’argent en ce sens qu’elle remplit la fonction habituelle dévolue à l’argent. Un tel accord vise à compenser des déséquilibres sociaux, économiques ou écologiques résultant de la situation de monopole de la devise officielle lorsque celle-ci demeure rare sur une longue période, sans vouloir la remplacer totalement»(1).

Selon Bernd Senf, économiste de renom et professeur d’économie politique à l’Université de Berlin:

«Le système du loyer de l’argent réalise de manière invisible et à l’insu du plus grand nombre une répartition du bas vers le haut. Contrairement à l’opinion communément admise selon laquelle ce système est profitable pour tous ceux qui perçoivent des intérêts, seule une petite minorité en tire profit, la majorité de la population étant la victime ou en tout cas le perdant du système.»

. Et il ajoute «Crédit égale intérêt, et intérêt signifie que l’on encaisse plus que l’on n’a prêté». «Il devient nécessaire à notre époque de revenir à une économie de proximité» déclarent pour leur part Erich Kitzmüller et Herwig Büchele dans leur ouvrage intitulé «Das Geld als Zauberstab und die Macht der internationalen Finanzmärkte» (L’argent, une baguette magique au service de la puissance des marchés financiers internationaux).

Pratiquer une économie de proximité et la solidarité dans une communauté: voilà ce qu’on fit à Wörgl lors de l’expérience de la monnaie fondante.

Les monnaies complémentaires sont une sorte de boîte à outils où l’on peut se servir d’outils pour bricoler quelque chose. Mais le but est toujours de mettre au point un système sur mesure permettant à une commune, une ville ou une région de créer de la valeur supplémentaire au service de la communauté.

AUTEUR: Wolfgang Broer, Zeit-Fragen

Traduit par Michèle Mialane

texte intégral:  https://www.alterinfo.net/L-experience-de-monnaie-fondante-de-Worgl-a-pris-fin-il-y-a-75-ans-Une-solution-pour-des-temps-de-crise_a29371.html

autres docs:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Silvio_Gesell

https://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20130220trib000749978/une-monnaie-locale-et-complementaire-c-est-quoi-.html

Envie de créer un contenu ?

Commenter

Répondre
  1. Que pensez-vous de ces mesures (faites abstraction de tous vos préjugés, mais attachez-vous exclusivement qu´aux faits !) ?

    ” Lors de la Grande Dépression, pour s’occuper du chômage de masse et de la paralysie économique, les gouvernements zunien et allemand lancèrent des programmes novateurs et ambitieux.
    Bien que les mesures du « New Deal » du président Franklin Roosevelt aidèrent marginalement, les actions bien plus ciblées et globales du Troisième Reich se révélèrent remarquablement efficaces. En trois ans, le chômage fut résorbé et l’économie allemande florissante. Et, bien que le dossier du traitement de la dépression par Roosevelt soit assez bien connu, l’histoire remarquable de la manière dont Hitler aborda la crise n’est pas suffisamment comprise ni appréciée.

    Les affaires allemandes renaquirent et prospérèrent. Pendant les quatre premières années de l’ère nationale-socialiste, les bénéfices nets des grandes entreprises quadruplèrent, et le revenu managérial et entrepreneurial augmentèrent de près de 50 pour cent. « Les choses allaient encore s’améliorer, » écrit l’historien juif, Richard Grunberger, dans son étude détaillée, The Twelve-Year Reich [Le Reich de douze ans]. « En trois ans, entre 1939 et 1942, l’industrie allemande s’agrandit d’autant qu’elle l’avait fait au cours des cinquante années précédentes. »

    Bien que les entreprises allemandes prospérassent, les profits étaient maîtrisés et maintenus par la loi dans des limites modérées. À partir de 1934, les dividendes de l’actionnariat des entreprises allemandes étaient limités à six pour cent par an. Les bénéfices non distribués étaient investis en obligations du gouvernement du Reich, qui avait un taux d’intérêt annuel de six pour cent, puis, après 1935, de quatre et demi pour cent. Cette politique eut l’effet prévisible d’encourager le réinvestissement corporatif et l’autofinancement, et de réduire ainsi l’emprunt auprès des banques et, plus généralement, de diminuer l’influence du capital dans le commerce.

    Le taux d’imposition des entreprises fut régulièrement relevé, de 20 pour cent en 1934 à 25 pour cent en 1936, et 40 pour cent en 1939-40. Les administrations des compagnies allemandes pouvaient accorder des primes aux gestionnaires, mais seulement si elles étaient directement proportionnelles aux bénéfices, et elles avaient aussi le droit de verser des primes correspondantes ou des « contributions sociales volontaires » aux employés.

    Entre 1934 et 1938, le revenu brut imposable des hommes d’affaires allemands augmenta de 148 pour cent, tandis que volume global d’imposition augmenta de 232 pour cent. Le nombre de contribuables dans la tranche d’imposition des plus hauts revenus – ceux qui gagnaient plus de 100.000 marks par an – augmenta au cours de cette période de 445 pour cent. (En revanche, le nombre de contribuables dans la tranche des revenus inférieurs – ceux qui gagnaient moins de 1500 marks par an – n’augmenta que de cinq pour cent.)

    Dans l’Allemagne nationale-socialiste, la fiscalité était nettement progressive, les plus hauts revenus payant proportionnellement plus que les revenus inférieurs. Entre 1934 et 1938, le taux moyen des impôts sur les revenus de plus de 100.000 marks augmenta de 37,4 pour cent à 38,2 pour cent. En 1938, les Allemands dans les tranches d’imposition les plus basses représentaient 49 pour cent de la population et 14 pour cent du revenu national, mais payaient seulement 4,7 pour cent de charge fiscale. Ceux dans la plus haute catégorie de revenu, qui représentaient à peine un pour cent de la population, mais avaient 21 pour cent des revenus, payaient 45 pour cent de charge fiscale. ”

    http://www.alterinfo.net/Comment-Hitler-s-attaqua-au-chomage-et-relanca-l-economie-allemande_a67584.html

  2. pour une monnaie locale pourquoi pas mais si c’est dans le cadre de la plus grande partie de l’argent qu’on gagne alors il n’y a plus moyen d’imaginer économiser pour pallier à la carence des prises en charges sociales et dans le rapport à la constitution d’un kapital de base pour réaliser un projet les petits et les gros sont très inégaux . un petit n’a déjà pas de solution pour accumuler un pécule alors qu’un gros même si l’argent est fondant a tout les moyens de le placer dans des avoirs plus juteux .
    ce système est sans aucun doute dynamisant pour ‘lécononomie mais ne résoud pas le problème de la redistribution plus juste de l’argent dans la société.
    par ailleurs il induit un phénomène d’accélération qui est le problème de la finance mondiale qui n’en finit pas d’accélérer et d’être prise au piège de cette nécessité d’accélérer les échanges pour rester à flot.
    il faudrait pouvoir superposer à la monnaie fondante un paramètre lié à la quantité d’avoir
    que le coté fondant ne soit pas égalitaire pour tous selon qu’on possède beaucoup ou pas pour inclure un phénomène de régulation? ou l’indexer sur la valeur ” écologique” des choses
    plus vous achetez écolo moins votre argent fond, ce qui éliminerait de fait la vente de produits non écolo
    ( et évidemment avoir un critère pertinent de ce qui est écolo ou pas)

Laisser un commentaire

Loading…

0

Commentaires

0 commentaires

Attribuer ou enlever un point :

0 points
Vote +1 Vote -1

Pétition : supprimons les subventions aux médias !

la retraite ou le retrait