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La Transmutation du mouvement des Gilets Jaunes

“LES GILETS JAUNES SONT MORTS !!!”

 NOooon…!!!    Vraiment???

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Ce texte est une réponse au texte « Quel avenir pour la colère sociale » du 17 juin.

Les Gilets jaunes sont déjà à l’état du souvenir. Les manifestations sont désertées, les ronds-points abandonnés et les groupes Facebook inanimés. Vouloir nier cela signifie faire de la politique en refusant le réel.

Il convient d’admettre, dans un premier temps, que l’analyse du réel que fait M17 est en apparence correcte : les premiers lieux de l’insurrection Gilet Jaune (c’est à dire les groupes facebook, les ronds-points et les centre-villes) connaissent un succès décroissant, et sont de plus en plus proches de la désertion.

Cependant, nous appelons M17 à remarquer ceci :

Être en adéquation avec le réel demande de l’appréhender dans sa globalité et dans ses transformations.

Remarquer la désertion des premiers lieux du mouvement ne suffit pas à le déclarer mort ; en observant les transformations des modes d’action du mouvement, nous pouvons expliquer pourquoi les lieux du mouvement changent également. C’est pourquoi, partant de la même analyse,

je propose un constat bien différent !

Si les premiers lieux de l’insurrection sont désertés, ce n’est pas parce que le mouvement est mort, c’est parce qu’il vit !!

La séquence “facebook->rond-point->manif” – reconnue par l’idéologie dominante et les grands médias – peut être circonscrite à la période novembre-avril ; c’est une erreur de croire que les Gilets Jaunes se résument à cela ! (et M17 en est une preuve).

Quels sont alors, les nouveaux lieux de l’insurrection ?

Considérant que le mouvement des GJ est né d’internet vers les rond-points puis les centres-villes, j’analyserais les transformations du mouvement dans le même ordre:

 Internet

Si le mouvement est d’abord né sur facebook (qui a permis non seulement la convergence vers les ronds-points grâce aux groupes locaux, mais aussi l’émergence des “leaders” grâce à leurs groupes nationaux (Drouet, Nicolle)), il a progressivement basculé vers Youtube, qui permet un accès plus simple à du contenu plus pertinent et en grande quantité :

 – Les “véritables leaders” : Chouard, Branco, Boulo, … (pourquoi ceux là sont “véritables”? parce qu’ils synthétisent l’actualisation de l’évolution des idées politiques émergeant du mouvement? par rapport aux leaders des actions de terrain)

 – Les “véritables médias” : Le Media, Le Media Pour Tous, RT …  apportant des analyses dissidentes de la  propagande véhiculée par les grands médias plus officiels

 – Une information de terrain sur tout le territoire : Taranis News, Gilets Jaunes Constituants, Sanglier Jaune, Marseille GJ … et beaucoup d’acteurs observateurs de terrain indépendants.

Les ronds-points:

Le comportement spontané du mouvement, c’est à dire l’occupation des carrefours au croisement des grands axes, est une stratégie bien connue des mouvements sociaux (voir l’article : “Qu’est ce que les Gilets Jaunes en ont à foutre de l’Amérique du Sud ?”, notamment la partie sur l’Argentine).

La stratégie des ronds-points permet :

            – de recréer du lien au sein de la classe laborieuse et exploitée (chômeurs, routiers, ouvriers… Pour ainsi  dire, le commun des travailleurs).

            – une visibilité maximale vers toute la population.

            – une panique  de la classe dirigeante  (c’est à dire les grands chefs d’entreprise, les néobourgeois de la rente financière et les syndicats), pour “la santé des axes routiers et de l’économie” face à un mouvement complètement décentralisé.

Cependant, plusieurs facteurs compliquent le maintien de cette seule stratégie  sur le long terme :

  •  Le temps de travail nécessaire à la survie qui peut empêcher  l’investissement à plein temps et sur le temps long (disponibilité, fatigue ..)
  • La violence d’état qui veut libérer les grands axes.
  •  La difficulté, pour un courant étendu sur tout le territoire et opposé au “personnalisme”, de se structurer en théorie et en pratique.

La solution adoptée par les ronds-points a été de se regrouper ponctuellement et discrètement pendant les “Assemblées des Assemblées” :

  • Assemblée de Commercy : 26 et 27 janvier
  • Assemblée de Saint-Nazaire : 5,6 et 7 avril
  • Assemblée de Montceau-les-Mines : 29 et 30 juin

https://yt3.ggpht.com/a/AGF-l79yZAxe0hQ-RLO22NgkkB2oZmN0745e9z4l5g=s288-mo-c-c0xffffffff-rj-k-no

Les centre-villes:

L’intérêt de l’occupation des centre-villes est sensiblement le même que celui de l’occupation des ronds-points : faire du lien entre nous, se rendre visible auprès de la population des centre-villes et faire pression sur l’économie.

Les facteurs complexes qui ralentissent le mouvement sont, eux aussi, sensiblement les mêmes : la fatigue, la violence d’état et les dissensions internes. On notera quand même la férocité de la violence d’Etat : C’est aujourd’hui une banalité de dire que les gens ont peur de venir  manifester. Pour qu’elle le devienne, il a fallu  227 blessés pour l’exemple, rien que le premier jour. Nous en sommes arrivés à un stade où il est clair pour tout le monde que les manifestations seules ne sont pas la solution pour l’aboutissement de nos revendications.

Le 22 juin nous l’enseigne : les blocages économiques des péages, des ports, des lieux de tourismes, sont bien plus efficaces et plus impactants sur l’économie que le blocage des centres-villes (le silence des médias en atteste).

https://www.youtube.com/watch?v=uO1zPzAVRYY

Voilà les trois changements dans les modes d’action des gilets jaunes qui, je le crois, permettent d’expliquer la désertion relative des premiers lieux du mouvement :

  1. De Facebook vers Youtube.
  2. Des assemblées locales continues vers des assemblées nationales        ponctuelles.
  3. Du blocage des centre-villes vers le blocage des infrastructures critiques.

 LA TRANSMUTATION

Une classe sociale qui prend conscience d’elle-même !

” Affirmons que les Gilets jaunes n’ont pas eu une identité car ils n’ont jamais  constitué une classe sociale. Nous avons tous  pu constater que l’hétérogénéité en était un trait constitutif. Du simple ouvrier au petit patron, en passant par l’enseignant ou l’ambulancier, tous étaient Gilets jaunes. Et c’est parce qu’ils n’appartenaient pas à une même classe sociale, parcourue par des réalités matérielles ou des intérêts communs, qu’ils n’ont jamais pu prendre conscience de leur commune force collective et de la nécessité d’avancer dans la même direction. La dynamique des premiers mois a donné l’illusion d’un sujet collectif « Gilets jaunes ». Cependant, dès le début de l’année 2019, il est apparu de plus en plus évident que les Gilets jaunes ne constituaient pas un mouvement organisé.

Les divisions incarnées dans le spectacle de multiples leaders, les guerres intestines pour la  possession du mouvement ont révélé à quel point il était important pour les Gilets jaunes de se structurer en une organisation politique innovante animée par une commune volonté de renverser le système en place.

Comment  ce fait-il que M17, média s’inscrivant visiblement dans l’héritage   de marx, fasse l’impasse sur un fait évident : l’enseignant, l’ambulancier, l’ouvrier et le petit patron, sont parcourus par des mêmes réalités matérielles communes et un intérêt commun ?

(pour les étudiants approfondis sur ces questions, je vous renvoie à la distinction entre les rapports de classes du capitalisme formel et du capitalisme réel, notamment au livre 3 du Capital)

Un mouvement qui accueille en son sein des gens de toutes religions,  des vielles dames comme des jeunes de cités, des anarchistes comme des royalistes, des travailleurs précaires tout comme des travailleurs plus aisés et des retraités, n’est-il pas aussi hétérogène que ne l’est la classe laborieuse?

Ces gens au-dela de tout clivage, cette vielle dame et ce jeune de cité, cet anarchiste et ce royaliste, ces travailleurs comme ces retraités,  ne sont-ils pas parcourus par des réalités matérielles et des intérêts communs ?

Si la réponse à ces 3 questions est oui, alors les Gilets Jaunes sont bien l’archétype, le symbole du sujet collectif animant le prolétariat en novembre, et doit être traversé sensiblement par les mêmes contradictions. Le prolétariat n’est pas une conscience de classe qui monte, qui monte, qui monte… mais plutôt une conscience de classe qui prend conscience d’elle même et qui toujours se perd pour mieux se retrouver (et c’est ainsi qu’ “elle monte” – jusqu’à ce que les conditions de sa perdition soit abolies)!! Que cette conscience soit en relative perdition momentanée n’enlève rien au fait que le gilet jaune est un symbole qui lui appartient (et qui pourra  le lui enlever ?).

Tirer sur une salade ne la fait pas pousser plus vite !! (mais il semble que tirer sur les gilets jaunes les fasse grandir)

L’Histoire n’a pas fini de s’écrire !

Les  déceptions sont néanmoins aigres parmi ceux qui ont participé au   mouvement. Il est toujours difficile d’accepter que l’on ait échoué à faire triompher la justice quand en face nos bourreaux exultent. Mais comment ne pas se réjouir de les avoir fait trembler ? Comment ne pas relever la tête quand, durant près de six mois, nous avons marqué l’histoire de notre sueur et de notre sang ? Nos enfants, et nos petits-enfants, entendront parler du 17 novembre 2018. Nous leur parlerons du passé pour que celui-ci donne sens à leur présent et dessine dans leurs esprits ce qu’il convient de faire dans le futur.

J’ai entendu parler de Mai 68, et ça ne change pas grand chose à ma position. Je ne veux pas raconter l’histoire de nos défaites à nos enfants dans le même monde de merde, je veux construire un autre monde pour eux!! C’est pour cela que je sais que le mouvement n’en est pas à sa fin, mais bien à son début !!

Le constat erroné en forme de déception – devant cette “supposée” mort du mouvement – idéalise et enferme les schémas premiers du mouvement dans une immobilité trompeuse. C’est pourquoi lorsqu’elle touche les limites de ces schémas, elle croit toucher les limites  du mouvement.”

        Mais aujourd’hui, pour eux et pour nous, quel futur souhaitons-nous ?  Quels nouveaux horizons, voulons-nous fixer  pour abattre ce système capitaliste inique et oppresseur ?  Voici la seule question que nous devons nous poser. Au propos de M17, nous apportons la réponse suivante :

le combat n’est pas terminé, il ne fait que débuter

et dans les prochaines semaines nous annoncerons à nos sympatisants quelle sera la suite que nous avons décidé de donner à notre lutte.

“A tous nos frères et à toutes nos sœurs en colère, où qu’ils soient, nous disons : courage, tant que l’Humanité est debout, le combat continue. “

Le combat continue, et les contradictions du mouvement continueront avec lui. Je demande à M17, s’il veut s’exprimer bientôt :

    – D’expliciter les nouvelles formes du mouvement:

  • Assemblée des assemblées,
  • méthodes de blocage économique,
  • les “ronds-points en ligne” sur Youtube, Discord, ailleurs)
  • manifestations imprévues

    – De corréler ces transformations structurelles au fait que le mouvement évolue, et par là qu’il est bien vivant, et prêt à l’action pour le printemps humain dont nous vivons les prémices.

Le mouvement évolue,

et par là il est bien vivant,

et prêt à l’action pour le printemps humain dont nous vivons les prémices.

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  1. Bonjour tvgj, et vous autres les Gilets Jaunes.. Nous sommes comme bons fruits et bons fromages; nous mûrissons, nous sommes en état d’affinage, nous fermentons nos idées, les améliorons et nous partageons, et nous essaimons.. Et les graines qui tombent germeront.. De plus les attaques que les possédants, les oligarques et leurs laquais mènent contre nous autres, nous donnent à comprendre qu’ils ne dorment pas tranquilles; que nous avons raison, et mille raisons de nous mobiliser contre toutes les oppressions dont nous sommes les cibles.. De plus nous savons que nous travaillons sur le temps long.. “La patience est une plante fort amère, mais dont les fruits sont doux”, comme l’on dit dans l’île où je naquis.. “Et cependant, Elle tourne..” Salutations jaunes.. Signe: plouckistanais..

  2. Mon problème avec ça, c’est pourquoi? Contre le rejet, les injustices, l’humiliation, la trahison, l’abandon?
    Auquel cas nous faisons aussi cela avec nos parents, avec le dominant qui me soumet. Ma question est pourquoi ne rompre cette relation ? Tel l’ado qui fait son baluchon, et merci pour tout maintenant je vole seul!
    Cdlt.

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